Discours d’installation du Maire – 3 juillet 2020

Seul le discours prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs, chers collègues,

Remerciements à Madame Jalicon pour sa présidence de séance.

C’est évidemment avec beaucoup d’émotion que je prends la parole après avoir été élu Maire de Clermont-Ferrand pour un nouveau mandat par le conseil municipal. Je remercie le Conseil de sa confiance qui m’honore.

Émotion est plus que jamais un mot à employer après la période inédite que nous a fait traverser la crise sanitaire depuis le 1er tour du 15 mars dernier.

À l’heure où notre pays et notre ville reviennent peu à peu à une vie normale, même si toutes les contraintes n’ont pas disparu, permettez-moi une pensée pour les victimes de la maladie et pour tous les soignants qui se sont battus contre elle.

Espérons que les épisodes les plus dramatiques de la pandémie sont derrière nous, sans pouvoir en être encore tout à fait certain.

Les années du précédent mandat nous ont montré à quel point l’exercice des responsabilités publiques pouvait représenter d’adversité, mais à quel point aussi il doit susciter fermeté de conviction, ténacité et fierté de servir nos concitoyens.

 

J’adresse mes profonds remerciements aux Clermontoises et aux Clermontois qui nous ont renouvelé leur confiance. Je mesure ce que cela signifie en termes d’attentes et d’exigence, mais aussi d’espoir dans un monde qui ne cesse de se diviser, de s’individualiser, et qui devient de plus en plus anxiogène.

En ce moment, comme je l’avais fait en 2014, je pense à mes prédécesseurs. J’avais évoqué leur héritage : celui de la Libération et de la Reconstruction nationale avec Gabriel Montpied, celui des politiques sociales du logement avec Roger Quillot, celui de la mobilité et de la rénovation urbaines avec Serge Godard.

Ces six dernières années, avec la majorité sortante, nous nous sommes résolument placés dans leurs traces. Depuis 1944, ces fondamentaux clermontois sont toujours des gages pour l’avenir car les indispensables solidarités sociales et urbaines construites au fil des années restent plus que jamais d’actualité.

Quand les temps se troublent, gardons claire notre mémoire. Restons fiers collectivement de ce qu’elle raconte de notre histoire, de nos racines diverses, de notre héritage renouvelé, génération après génération, et apportons notre part.

Gardons précieusement ce qui fait encore notre caractère clermontois et auvergnat : sens des solidarités, accueil et hospitalité, inventivité, sobriété.

Sobriété n’est pas un reniement de ce que je disais en 2014 sur la fierté de ce que nous sommes, fierté que nous devons toujours mieux affirmer.

Nous aurons d’autant moins de mal à le faire que nous représentons aujourd’hui un territoire qui, s’il sait se montrer résistant et résilient, à la hauteur des enjeux, pourrait bien prendre une dimension exemplaire pour le monde qui vient.

C’est en tout cas l’ambition collective que je nous souhaite à tous d’avoir pour Clermont-Ferrand.

En repensant au mandat qui vient de s’achever, je suis convaincu que nous nous sommes montrés dignes héritiers de nos prédécesseurs tout en construisant les conditions d’une démocratie municipale renouvelée et d’une ville tournée vers l’avenir dans un nouveau contexte régional et national.

C’est, avant tout, ce que nous allons poursuivre au cours de ce mandat, en prenant à bras le corps les défis que les urgences climatique, démocratique et sociale nous imposent.

 

Urgence climatique d’abord :

Les grandes politiques de l’urbanisme et de l’habitat, la rénovation thermique des bâtiments, au premier chef la rénovation de notre propre patrimoine bâti municipal, la place du vélo et des piétons dans la ville, la production d’énergies renouvelables, la préservation de la biodiversité et de nos ressources naturelles, la préservation de la qualité de l’air, la promotion d’une économie valorisant les productions locales… la liste est longue des actions que nous devrons mener pour parvenir au degré de résilience souhaité.

Loin d’avoir un caractère punitif comme on l’entend trop souvent, nous saurons lier l’impératif écologique à l’impératif social et économique. Nous n’opposons pas les uns aux autres et nous pensons que la punition serait pour les générations futures si nous n’agissions pas aujourd’hui en ayant pour boussole l’état de la planète et la justice sociale. Il s’agit d’une responsabilité que nous devons prendre pour nous-mêmes et pour nos enfants.

Les investissements et les actions menées pour répondre à l’urgence climatique seront autant d’occasions de transformer notre ville pour plus de convivialité et plus de dynamisme commercial et économique dans un environnement urbain où il fera bon vivre, se déplacer et travailler. Des investissements qui devront faciliter notre vie quotidienne, améliorer notre cadre de vie, favoriser et apaiser nos relations sociales.

 

Urgence démocratique ensuite, dont nous prenons la mesure face à l’abstention électorale, même si les conditions de ces municipales furent inédites et, je l’espère, resteront tout à fait exceptionnelles dans notre histoire.

Notre municipalité s’est montrée transparente dans ses choix et ses actions tout au long de ces six dernières années et je remercie tous les élus d’avoir fait leur, l’exigence d’exemplarité que nous avions posée comme impératif en 2014.

Nous avons mené de grandes concertations publiques, nos rendez-vous de bilans de mandat furent bien suivis par les Clermontois, nous avons innové avec le budget participatif.

Nous irons plus loin ces six prochaines années pour resserrer les liens avec les Clermontois et pour leur permettre de s’exprimer : élu référent désigné par quartier, nouveau Conseil des habitants à partir de l’expérience de l’Observatoire des engagements, promotion du droit de pétition citoyenne, maisons de la citoyenneté dans chaque quartier clermontois.

Tant la démocratie représentative que participative demandent du temps, des moyens et des personnes engagées pour la faire vivre. Nous ne pensons pas que l’une doive se faire au détriment de l’autre et c’est de concert que nous tenterons de les faire vivre ensemble au bénéfice des Clermontois.

 

Enfin mais non la moindre, l’urgence sociale à laquelle nous continuerons de faire face en renforçant nos politiques en faveur des personnes les plus vulnérables, à tous les âges de la vie.

En luttant notamment contre la précarité des jeunes qui représente l’inégalité la plus mortifère pour notre société car c’est de la confiance en l’avenir dont on les prive.

Cela passe aussi par la lutte contre toutes les discriminations. Lutter contre les discriminations, ce n’est pas seulement faire droit à chacune et à chacun dans notre ville, c’est savoir porter un regard à la fois critique – au sens d’examen critique –  bienveillant et tolérant les uns envers les autres dans le but de nourrir nos mémoires et d’enrichir notre avenir commun.

C’est aussi pour cela que nous poursuivrons les politiques ambitieuses que nous avons menées en faveur de l’éducation, de la culture, du sport et de la jeunesse. Ces politiques sont vecteurs d’émancipation, de lutte contre les inégalités et contre les fractures sociales, toutes porteuses de valeurs, collectives et individuelles, qui fertilisent notre société et notre capacité à vivre ensemble dans la cité.

Dans le même ordre d’idée, et la crise sanitaire nous l’a montré même si les villes ne sont pas en première ligne sur cette compétence, il nous faut répondre de plus en plus aux urgences en matière de santé et d’accès aux soins. La Ville de Clermont-Ferrand y prendra toute sa part.

C’est donc un mandat empreint de gravité, mais aussi d’enthousiasme pour ce qu’il portera d’innovations et d’expérimentations nouvelles, auquel je vous convie aujourd’hui.

Je le dis en particulier aux nouveaux élus qui siègent pour la première fois dans une assemblée, et à qui je souhaite la bienvenue.

Vous avez fait un choix courageux, celui de l’engagement politique et civique. Les plus anciens élus parmi nous sont fiers de cet engagement et s’attacheront, moi le premier, à faire en sorte que votre place et vos capacités d’initiative soient reconnues – même si, vous le découvrirez vite, la vie municipale est souvent faite de compromis et d’arbitrages, s’exerçant aussi, je vous rassure, à l’égard des plus expérimentés.

Je m’adresse également aux élus des oppositions, de droite et de gauche, pour leur dire qu’elles seront respectées et d’autant plus écoutées par la majorité qu’elles seront constructives. Ce n’est pas de l’ingérence dans la manière dont vous conduirez votre opposition, vous êtes bien entendu libres d’exercer votre mandat comme vous l’entendez.

Et pour appliquer ces principes dès le début du mandat, je vous informe de mon intention de convier tous les présidents de groupe pour une première rencontre dès ce lundi 6 juillet.

Jeunes ou anciens, membres de la majorité ou de l’opposition, soyons toutes et tous dignes de nos fonctions, tant dans nos débats, nos délibérations que nos actions. Il en va là encore de la confiance et de l’honneur que nous font les Clermontoises et les Clermontois pour les représenter, nous n’avons pas le droit de les décevoir sur ces points essentiels.

 

Le nouveau mandat sera aussi caractérisé par l’approfondissement de l’intercommunalité. Nous allons entrer dans une phase encore plus opérationnelle, du fait des urgences que j’évoquais, mais aussi du fait de la montée en charge des compétences que nous avons transférées à Clermont Auvergne Métropole.

Les grands défis que nous avons identifiés collectivement, c’est bien à l’échelle métropolitaine que se trouvent les réponses et les solutions que nous y apporterons.

Peu de choses nous auront été épargnées depuis 2017, date de création de la communauté urbaine devenue Métropole en 2018 : le corset du contrat de Cahors (CCC) mettant en cause les principes mêmes de la décentralisation ; les perspectives fiscales incertaines par la suppression de la taxe d’habitation et le débat autour des impôts de production ; et maintenant, les conséquences du confinement qui nous impacteront vraisemblablement le plus à partir du budget 2021.

A contrario, reconnaissons aussi que nous avions pris du retard par rapport à d’autres territoires dans notre intégration intercommunale, et nous avons dû en quelque sorte  « mettre le turbo » à l’occasion des différentes lois relatives à l’organisation territoriale depuis 2014.

La capacité des 21 communes à agir collectivement dans l’intérêt métropolitain est un acquis précieux de la précédente mandature qu’il faut préserver.

Cela n’enlève rien au caractère d’urgence que j’évoquais, notamment pour les investissements et les politiques à mettre en œuvre par la métropole pour la transition écologique et énergétique.

Pour l’avoir vécu très directement tout au long de ces six années au contact permanent des élus des 21 communes, je reste convaincu que la métropole n’est pas le frein technocratique que certains redoutaient, mais au contraire un levier efficace pour moderniser nos politiques publiques et les prioriser en faveur de toutes les transitions nécessaires. Mais elle ne pourra continuer à l’être que s’il y règne l’esprit constructif qui a prévalu jusqu’à maintenant.

La Ville de Clermont-Ferrand, ville-centre avec près de la moitié de la population métropolitaine, n’a pas à rougir, loin de là, de son action pour la construction de cette intercommunalité. Elle a largement contribué à la solidarité nécessaire bien que loin d’être la plus riche des 21 communes.

Je resterai attaché aux acquis de la gouvernance collective, au respect de l’autonomie et des compétences communales qui n’empêche aucunement d’avoir une vision ambitieuse et un projet politique pour l’avenir du territoire, en solidarité avec les autres territoires auvergnats.

C’est dans cet esprit que je me porterai candidat à la présidence de Clermont Auvergne métropole lors du conseil d’installation de la semaine prochaine.

 

Clermont-Ferrand quant à elle continuera à prendre toute sa part dans l’action collective métropolitaine pour entrer de plein pied dans l’édification d’un territoire résilient sur les plans écologique, social et démocratique.

 

Nous le ferons d’autant mieux que nous avons su gérer la ville dans le mandat précédent pour lui conserver ses marges de manœuvre dans le nouveau contexte institutionnel et financier.

Cela nous permettra, comme annoncé dans la campagne, de maintenir nos taux d’imposition au niveau actuel.

Marges de manœuvre qui nous permettront aussi de ne rien céder quant au niveau de service public que nous voulons pour toutes les Clermontoises et les Clermontois.

 

Je voudrais saluer amicalement et avec reconnaissance, Françoise Nouhen pour le grand mandat qu’elle a exercé en tant que 1ère adjointe et qui n’a jamais perdu de vue les deux bornes de son action : le sens du service public et l’importance des politiques mises en œuvre au bénéfice des 145 000 Clermontois d’une part, politiques rendues possibles par la rigueur portée à la gestion des finances publiques dont elle avait la charge d’autre part.

Je la remercie aujourd’hui car son action a été déterminante pour nous permettre de démarrer ce mandat sur des bases budgétaires saines et solides.

C’est ainsi que nous avons pu mener à terme de belles réalisations comme le stade Philippe Marcombes, le Clos des Vignes ou la Scène nationale dans le mandat qui s’achève, pour ne citer que celles-là. Demain, nous poursuivrons avec l’adaptation de nos écoles au réchauffement climatique, l’aménagement de parcs urbains et de nouvelles places végétalisées, la mise en valeur de ND du Port, toujours pour citer quelques exemples.

 

Je ne doute pas que ses successeurs aux postes de 1ère adjointe et d’adjointe aux Finances sauront se montrer à la hauteur.

 

Malgré toutes les contraintes, soyons fiers d’avoir maintenu nos investissements publics à un haut niveau – c’est très important pour soutenir l’économie locale ; fiers aussi d’avoir maintenu un haut niveau de service pour nos écoles et nos cantines, pour les associations clermontoises, pour la culture et le sport, pour le centre communal d’action sociale et les solidarités.

À cela, nous ne renoncerons jamais, du moins tant que l’organisation décentralisée de la République nous en laissera l’opportunité et les moyens.

Nous nous élèverons toujours contre les tentatives de recentralisation explicites ou implicites. Je ne dirai jamais assez à quel point je me réjouis de la fin dudit contrat de Cahors.

Tout comme, à une autre échelle, je me réjouis des progrès en matière de solidarité financière entre les États européens. C’est un pas dans la bonne direction que je reconnais et que je salue. J’espère qu’il présage d’un nouveau rapport entre les territoires et l’Europe, traduction de la coopération indispensable entre le local et le global.

 

Voilà mes chers collègues, Clermontoises et Clermontois, ce que je tenais à vous dire aujourd’hui pour cette première séance du conseil municipal de la mandature 2020-2026.

 

En guise d’acte marquant le nouveau mandat, la municipalité rendra hommage à Olympe de Gouges en renommant le square de la Poterne pour saluer les combats d’une femme de lettres du 18ème siècle. Engagée pour la cause des femmes, adepte de la non-violence, rédactrice d’une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle lutta pour l’égalité politique et civile jusqu’à sa mort sur l’échafaud en novembre 1793. Au travers de cette nouvelle dénomination, nous célébrerons la permanence des combats pour l’égalité et contre toutes les discriminations qui restent plus que jamais les nôtres.

Voilà, encore une fois, je réitère mes remerciements au Conseil pour l’honneur et la confiance qu’il me témoigne aujourd’hui, et à travers lui, l’honneur et la confiance que me font les Clermontoises et les Clermontois. Je leur exprime ma profonde gratitude personnelle et m’efforcerai, tous les jours de ces six prochaines années, à m’en montrer digne.