Discours d’installation du Président – 10 juillet 2020

Seul le prononcé fait foi

Election du Président de Clermont Auvergne Métropole

Mandature 2020-2026

Discours d’installation –  Vendredi 10 juillet 2020

Mesdames et Messieurs, chers collègues,

Remerciements à notre collègue doyen René Darteyre pour sa présidence de séance.

C’est avec une profonde gratitude que je remercie le Conseil métropolitain pour la confiance qu’il me fait en renouvelant cette belle fonction de président de Clermont Auvergne métropole. J’essaierai de m’en montrer digne tout au long de ces prochaines années.

Vous connaissez toutes et tous mon attachement à la co-construction de l’intercommunalité entre nos 21 communes.

Ce fut un axe fort de mes engagements dès 2014 et ma motivation n’a pas varié. Elle s’est même affermie après les réussites de la transformation en communauté urbaine puis en métropole.

Tous mes remerciements donc de me donner l’occasion de poursuivre avec vous l’œuvre collective que nous avons commencé il y a six ans.

Grâce à ce collectif, nous avons pu rattraper notre retard dans l’intégration territoriale (même si nos prédécesseurs n’ont pas démérité et en avaient posé le socle : autre temps, autres compétences, autres gouvernances).

Je redis notre fierté d’avoir réalisé la communauté urbaine, puis d’avoir obtenu le statut métropolitain. Je rends hommage aussi aux services qui ont connu de profondes et rapides transformations dans leur organisation et leurs missions. Ils ont su faire preuve d’adaptation rapide.

Par nos efforts, nous avons maintenu Clermont sur la carte des 21 métropoles françaises au moment où nous perdions notre statut de capitale régionale.

Nous avons structuré comme il ne l’avait jamais été auparavant un pôle urbain et économique qui compte à l’ouest de la région, au même titre que les métropoles de Grenoble et de Saint-Etienne sur le versant rhône-alpin (je n’inclus pas Lyon dans cette comparaison pour des raisons évidentes de dimension).

Nous avons structuré un bassin de vie de 300 000 habitants mais aussi des solidarités avec les territoires environnants : Grand Clermont, pôle métropolitain, territoires de l’Auvergne historique. Nous aurons bien sûr à poursuivre ces coopérations en les approfondissant et peut être aussi en les adaptant pour les rendre plus lisibles pour nos concitoyens.

Ce n’est pas faire injure à d’autres ex-capitales régionales, je pense aux plus proches de nous comme Limoges ou Poitiers – la couleur politique n’étant évidemment pas en cause – que de penser que nous avons fait les bons choix et pris les bons virages.

Nous avons su tracer la voie d’une intégration plus poussée pour dynamiser nos investissements et pour renforcer le territoire.

Nous l’avons fait sans méconnaître le fait communal qui reste et restera la base de notre Pacte de gouvernance collective.

J’ai déjà dit à titre personnel, qu’au vu du degré d’intégration atteint par les EPCI aujourd’hui, notamment les communautés urbaines et les métropoles, je trouverais normal d’élire le conseil métropolitain au suffrage universel direct.

Mais tant que cela ne sera pas le cas, je serai un Président, dans ce mandat comme je l’ai été je crois dans le précédent : un « primus inter pares », respectueux de nos équilibres, de la voix de chaque commune, de la plus petite à la plus grande.

Nous présenterons tout à l’heure une délibération relative au débat sur le Pacte de gouvernance que nous devons, de par la loi, réadopter pour ce mandat. Nous aurons quelques mois pour le faire.

Mais il y a d’ores et déjà un consensus entre nos communes pour le fonder sur les principes qui ont présidé à la construction de Clermont Auvergne métropole : respect du fait communal, principe démocratique, principes de subsidiarité et de proximité de l’action métropolitaine, principe de solidarité territoriale et principe de sobriété financière.

Au-delà du pacte de gouvernance, nous approfondirons encore la solidarité métropole/communes en renforçant le fonds de soutien métropolitain aux communes et en les accompagnant dans des opérations de requalification urbaine qui participent de l’attractivité générale de la métropole.

En raison des effets de la crise sanitaire sur nos calendriers budgétaires et techniques, nous avons aussi maintenu la sanctuarisation des crédits de voiries transférés pour 2021 et 2022.

Ces propositions vous seront faites dans de prochaines délibérations.

Cette solidarité, nous avons pu également l’éprouver dans la crise que nous venons de traverser. C’est dans ces périodes particulières que se renforce l’esprit de la communauté et la conscience de l’importance d’être ensemble pour se concerter, se réconforter parfois, et pour agir solidairement.

Nous l’avons vécu pendant le confinement et nous l’avons illustré par nos décisions, pour l’achat groupé de masques par exemple, ou encore pour l’élaboration des premières mesures d’urgence de soutien aux entreprises et aux associations pour préserver l’activité et l’emploi.

En évoquant la crise sanitaire, j’ai une pensée, au nom du Conseil, pour toutes les victimes de l’épidémie, et j’associe à nouveau tous les élus à l’hommage rendu à la mobilisation permanente des soignants.

De même, nous pouvons être fiers de l’action de nos services pendant le confinement et pour l’organisation du déconfinement, je les remercie à nouveau en votre nom à tous.

Restons vigilants et gardons notre cohésion si jamais malheureusement nous étions à nouveau confrontés à une circulation active du virus.

Je saisis cette occasion pour saluer les membres du précédent exécutif qui ne sont plus avec nous aujourd’hui. Ils ont œuvré à la construction de la métropole et sont restés sur le pont pendant toutes ces semaines de crise sanitaire, qu’ils en soient remerciés.

Celles et ceux d’entre vous qui étaient déjà élus dans le précédent mandat connaissent mes pratiques et mes méthodes de travail.

Je voudrais saluer aujourd’hui tous les nouveaux délégués nouvellement élus, les nouvelles et les nouveaux maires. Soyez les bienvenu.e.s dans cette assemblée et soyez assuré.e.s de mon engagement à respecter les principes de gouvernance que je viens de rappeler.

Alors que nous sommes des élus au deuxième degré, les compétences que nous exerçons concernent très directement la vie quotidienne des 300 000 habitants de la métropole.

En tant que Maire de Clermont-Ferrand, j’ai déploré la faible participation qui a caractérisé ces élections municipales.

Espérons que les circonstances exceptionnelles dans lesquelles elles se sont déroulées expliquent à titre principal l’abstention.

Je n’en suis pas totalement certain cependant : ce lien si essentiel entre les citoyens et leurs représentants, déjà distendus au niveau national, s’affaiblit aussi au niveau local alors qu’il était relativement préservé jusqu’à présent.

C’est pourquoi nous devrons mettre la relation aux citoyens et aux usagers au cœur de notre action.

Ce lien, nous ne l’avons pas ignoré : je rappelle les réunions publiques que nous avions organisées dès 2014 pour expliquer le passage en communauté urbaine, les grandes concertations comme les Rencontres de la mobilité, des conférences publiques jamais encore organisées par notre EPCI comme les conférences économiques ou les conférences du développement durable et de la transition écologique et énergétique.

Comme je l’évoquais, nous avons aussi mis l’accent sur la gouvernance entre les communes et le lien avec les conseils municipaux, instances du suffrage direct : présence d’élus municipaux dans nos commissions thématiques, réunions annuelles de tous les élus métropolitains et municipaux, gouvernance collégiale à 21.

Cette gouvernance particulière est d’ailleurs reconnue pour son originalité et sa qualité au sein de notre association d’élus France urbaine où Clermont est cité en exemple.

Mais il est vrai qu’au vu des compétences désormais exercées, il nous faut renforcer le lien direct aux citoyens. C’est devenu un impératif de cette « démocratie en continu » dont la demande s’exprime de plus en plus intensément.

Nous avons souhaité pour ce mandat un vice-président dédié à la citoyenneté, à la démocratie participative, à la concertation et à la relation aux usagers.

Dédié aussi à l’égalité tant les questions relatives à l’accès aux droits, à la lutte contre toutes les discriminations sont aujourd’hui autant de principes que nous devons appliquer de façon transversales dans nos politiques.

Nous proposerons aussi de nouvelles instances associant l’ensemble de la société civile. J’ai parlé d’un CESE métropolitain, nous verrons comment nous l’appellerons et comment nous le désignerons mais c’est bien l’idée.

Il faudra bien sûr que cela réponde aux standards démocratiques actuels, nous aurons l’occasion d’y revenir pour en débattre.

Cette instance devra intégrer tous les volets, démocratiques, sociaux, climatiques, économiques etc… qui correspondent aux grands enjeux contemporains.

Nous devons améliorer aussi notre « gouvernance de la donnée », comme on dit. Transparence, accès facile et rapide aux données publiques de notre institution et du territoire sont aussi des exigences légitimes.

Sur nos politiques opérationnelles maintenant : après un mandat 2014-2020 marqué par la construction métropolitaine et les transferts de compétences, la montée en charge conséquente de nos investissements pour les zones d’activités économiques, les équipements sportifs et culturels, les investissements dans le cycle de l’eau ou encore pour la valorisation des déchets…

Après les premiers grands schémas pour les mobilités, pour la transition écologique et énergétique, la consolidation de nos outils avec notamment les deux SPL aménagement et tourisme, nous devons nous atteler plus que jamais à relever tous les défis qui s’annoncent. Nous nous y sommes préparés, nous avons commencé, nous devons poursuivre.

Je crois que plus personne, après les années que nous venons de passer, ne peut contester les urgences climatiques, sociales et, je l’ai évoqué, démocratiques, auxquelles nous devons répondre.

Va s’y ajouter, avec vraisemblablement plus de gravité que notre situation l’exigeait jusqu’à présent, l’urgence économique et la bataille pour l’emploi, conséquence du confinement et dont on ne mesure pas encore complètement l’ampleur.

Cette crise économique impactera directement nos recettes et nous obligera à mieux cibler, et à encore plus prioriser nos actions.

Là encore, je compte sur notre capacité collective pour trouver des solutions et mener des politiques volontaristes.

Volontaristes, nous avons su l’être au cours de ces six dernières années.

Forts de cette expérience, à nous de placer la barre plus haut pour atteindre le degré de résilience attendu et affronter les conséquences des crises climatique, économique et sociale qui sont devant nous.

Une première illustration de ce volontarisme sera l’accélération de la réalisation du schéma cyclable sur la durée du mandat.

L’équation ne sera pas simple : nous savons, et nous l’avons acté, que nous ne pourrons pas ajouter de la crise à la crise en alourdissant notre fiscalité, notamment notre fiscalité économique, au moins sur les exercices 2021 et 2022.

Toutefois, même si je me réjouis de la fin du Pacte de Cahors dont la conception même, au-delà des effets budgétaires finalement heureusement limités, représentait une remise en cause des principes de la décentralisation, la question des impôts de production qui revient régulièrement à l’ordre du jour de Bercy ne nous rassure pas.

Si la hausse d’impôt peut apparaître contracyclique sur un plan conjoncturel, la remise en cause encore un peu plus prononcée de l’autonomie fiscale des collectivités n’est pas une bonne nouvelle et nous devrons rester vigilants.

À tout le moins, nous demanderons que la détente financière et budgétaire que nous voyons avec satisfaction naître peu à peu au niveau européen, puisse pour le coup « ruisseler » – sain ruissellement celui-là – jusqu’à l’échelon local pour nous permettre de réaliser les grands investissements liés à la transition écologique et énergétique.

Il en va du pacte de confiance que nous avons avec les habitants de la métropole qui attendent de nous des actions et des solutions concrètes en matière de mobilités, de gestion de l’eau et des déchets, de production d’énergies renouvelables, de préservation des des ressources naturelles et de la biodiversité ou encore d’appui à l’économie et aux productions locales.

Sans oublier ce qui fait qu’une métropole reste attractive et agréable à vivre, je pense aux équipements sportifs et culturels et à la qualité du cadre de vie au travers de nos politiques d’urbanisme et de l’accentuation de notre caractère de métropole « nature ».

C’est sur tous ces investissements, sur les progrès que nous aurons réalisés pour l’amélioration concrète des services du quotidien et de l’attractivité générale du territoire que nous serons jugés en 2026.

C’est un défi difficile, et là encore, notre métropole devra faire preuve de cohésion et d’ambition collective pour y parvenir et combler ses retards.

Mais c’est un défi enthousiasmant. Notre intercommunalité était peut être à la traîne par rapport à des territoires comparables qui se sont développés plus vite que nous.

Ce développement, pensé il y a parfois vingt ans, apparaît aujourd’hui dans beaucoup de métropoles régionales comme potentiellement porteur de plus de problèmes que de solutions.

Clermont Auvergne Métropole, si elle sait valoriser ses atouts, peut rester cette métropole à taille humaine, connectée aux territoires auvergnats voisins, qui aura su concilier les impératifs écologiques, sociaux et économiques en s’appuyant sur ses ressources géographiques et humaines.

En s’appuyant sur son Histoire aussi, faite de traditions multiples dont nous devons préserver et encourager les qualités de dialogue et de tolérance pour lutter contre tous les replis.

Depuis quelques années, je constate que Clermont, ville et métropole, est plus et mieux présente dans les divers classements nationaux rendant compte de l’attractivité, de la qualité de vie ou du dynamisme en général. À nous de poursuivre dans cette voie pour rester une métropole d’avenir et ne pas sombrer dans le pessimisme.

Je parle souvent plus de distinction que de compétition ou de compétitivité territoriale. Car cette distinction embrasse tout ce qui aujourd’hui fait qu’une ville, qu’une métropole, est attirante par les équilibres globaux qu’elle préserve et qu’elle propose.

C’est plus par un panel qualitatif de services, d’aménités, d’opportunités offertes que nous ferons la différence, moins par de grands marqueurs ou signaux territoriaux, ou encore par du marketing territorial déjà daté.

C’est par toutes nos actions cumulées que nous pourrons parvenir à ce résultat. En tout cas, tous nos investissements, toutes nos politiques concourent à cet objectif.

En disant cela, je n’ignore pas ni ne sous-estime les menaces et les faiblesses hélas encore structurelles du territoire.

En termes de menaces, il y a par exemple l’inquiétude que nous pouvons avoir pour notre ressource en eau dans les années à venir, du fait des changements climatiques.

Nous devons nous y préparer et porter notre part d’investissements nécessaires pour y faire face avec les autres institutions concernées et en mobilisant toutes les catégories de population.

En termes de faiblesses structurelles, je pense évidemment à notre accessibilité ferroviaire et aérienne.

Cela restera un combat de tous les instants, aucun cadeau ne nous sera fait, nous le constatons encore ces jours-ci, et nous devrons rester mobiliser en permanence, avec le monde économique, les associations d’usagers, la Région et le Département pour que Clermont Auvergne Métropole puisse avoir des dessertes dignes de ses besoins, vitales pour notre économie et à la hauteur de ce qu’exige notre situation géographique.

C’est tout simplement une question d’équité territoriale et plus brutalement, une question de survie.

C’est pourquoi, j’ai écrit hier au nouveau Ministre des Transports afin qu’il nous reçoive dans les plus brefs délais après les annonces récentes qui désavantagent un peu plus notre territoire.

Il en va de même pour le tissu industriel sur lequel planent aujourd’hui des menaces hélas de plus en plus pressantes.

A l’image de ce que nous avons réussi pour les ACC, je tiens à redire ici devant vous notre engagement aux côtés des salariés de LUXFER pour trouver enfin une issue positive, garder une activité essentielle en ces temps d’urgence sanitaire et conserver un maximum d’emplois.

À ce niveau de crise atteint suite au confinement, c’est bien tout le logiciel de l’Etat stratège et planificateur que notre pays, au premier chef son Président et son Gouvernement doit réviser.

Les aides européennes ou celles de l’Etat ne doivent pas être pensées avec les logiciels de la seule rentabilité financière à court terme ou d’une mondialisation dont de moins en moins de responsables politiques ou économiques contestent les limites.

Je note avec intérêt l’idée de recréer un Haut Commissariat au Plan, rappel d’une grande institution de la reconstruction après la 2ème guerre mondiale, énoncée par le 1er Ministre.

Encore faut-il, comme le rappelle Jean Pisani-Ferry, que ce haut commissariat ne soit pas une simple agence de prospective de plus, pour le dire un peu brutalement, hors-sol de la réalité du pays profond comme l’ont trop souvent été nombre de structures similaires.

Il nous faut une réelle programmation publique, certes concertée et co-construite, nous ne sommes plus en 1950. Surtout, il faut que l’Etat flèche les moyens financiers nécessaires aux investissements projetés dans le cadre de cette planification avec des outils budgétaires spécifiques.

J’ajoute qu’il faudra une vision politique et territoriale forte, une réelle association des territoires pour que nul ne se sente abandonné par l’effort et l’investissement national. C’est à ce prix que nous retrouverons les voies de la confiance de nos concitoyens.

Nous avons besoin de ministères à l’écoute et d’une administration déconcentrée de l’Etat revalorisée pour retisser les bons relais entre Paris et les territoires.

Nous aurons besoin d’approfondir nos articulations avec la Région sur le plan économique car c’est l’institution qui en a la compétence première, comme nous renforcerons nous-mêmes nos liens en solidarité avec les territoires de l’Auvergne.

Les contrats de réciprocité sont de bons outils que nous continuerons à développer à l’image de ce que nous avons fait avec la communauté de communes de Saint-Flour et avec le Parc naturel régional du Livradois-Forez.

Nous avons besoin de grandes entreprises industrielles et de services qui gardent en ligne de mire leurs responsabilités vis-à-vis des territoires et des tissus économiques locaux qu’elles contribuent à faire vivre.

Nous soutiendrons notre Université de Clermont Auvergne, les centres de recherche et d’innovation. Nous serons à leurs côtés pour aider à leur développement.

Nous agirons enfin pour consolider notre tissu de TPE et de PME, notre tissu associatif riche en emplois, pour faciliter les initiatives dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, une économie de proximité, non délocalisable et en lien direct avec les besoins quotidiens des habitants de la métropole.

Mes chers collègues, c’est sûrement un mandat rude qui nous attend, mais c’est un mandat que nous mènerons avec passion pour notre territoire, avec détermination aussi pour lui garder ses atouts et ses promesses d’avenir.

Comptez sur mon engagement personnel à vos côtés pour le mener à bien.

Je vous remercie.