La démocratie locale, c’est refaire du Nous


Aujourd’hui, nos concitoyens ne croient plus en la politique. Ils ont dans leur immense majorité une mauvaise opinion du personnel politique et déteste les partis politiques. Ce constat est enraciné. Et il est lourd de sens et de conséquences !

Plus les citoyens se détournent des élections, de la politique et donc de la démocratie, plus le risque est grand qu’elle soit confisquée par quelques uns ou par un groupe de personnes.

A Clermont-Ferrand, il y a environ 145 000 habitants. Aux dernières élections municipales de 2014, il y avait 73 156 inscrits. Premier décalage et pas de taille, le corps électoral représente à peine un peu plus de la moitié des habitants. Cela s’explique notamment par la présence en nombre d’étudiants qui souvent restent inscrits dans leurs communes d’origines.

Sur ces 73 156 inscrits, 39 542 personnes sont venus voter au premier tour et 40 476 au second tour. Concrètement, cela veut dire qu’un peu moins 30 % des clermontois participent au choix de ceux qui vont conduire l’action publique municipale et intercommunale.

Cet écart entre votants et population montre bien l’absolue nécessité de mettre en place des outils, des mécanismes, des consultations régulières des citoyens.

De plus, aujourd’hui les contextes sociaux, administratifs, politiques, économiques évoluent constamment et très rapidement. Dès lors, on ne peut plus se permettre d’attendre la prochaine élection pour valider des choix.

Fort de ce constat, de quels mécanismes dispose-t-on pour associer régulièrement les citoyens ?

Les modes de concertations existent

Nous ne partons pas de rien. Loin s’en faut ! Les outils sont nombreux.

On peut citer la concertation obligatoire en matière d’urbanisme à travers les enquêtes publiques ou la commission nationale du débat public. Ce sont également les conseils de quartiers rendus obligatoires pour les grandes villes. C’est la possible mise en place d’une mission d’évaluation des services publics. C’est encore le droit de pétition qui permet d’inscrire un sujet à l’ordre du jour d’une assemblée délibérante locale (droit non systématique), les consultations locales ou des référendums locaux décisionnels.

Mais ne nous payons pas de mots. Dans l’ensemble, ces outils ne fonctionnent pas bien. Si l’on prend des référendum locaux décisionnels, depuis 2003, très peu ont été organisés.

De la même façon, pour les enquêtes publiques, ceux qui viennent s’exprimer sont peu nombreux. La consultation intervient bien souvent en fin de processus et les termes du débat sont souvent très techniques.

Quant aux conseils de quartier, on voit bien que là aussi, ce sont souvent ceux qui crient le plus fort et qui ont « l’habitude » qui sont présents.

Pour autant, ces outils ne doivent pas être tous rejetés. Ils sont même plutôt bons. En revanche, nos concitoyens se les approprient peu. Reconnaissons également que les hommes et les femmes politiques ne font pas forcement tout pour les populariser.

Mais je crois sincèrement que ce n’est pas une fatalité.

Désacralisons les outils

Il faut mieux les faire connaître, les populariser, les renforcer et ne pas hésiter à les utiliser. L’information est le préalable indispensable. Tous les vecteurs sont bons (numérique, affichage, presse,etc…).

Il faut également faciliter les débats au sein de ces consultations, permettre à chacun de trouver sa place et de pouvoir s’y exprimer. Pour cela, la présence d’ animateurs professionnels (ingénierie du débat public) est une condition indispensable de la réussite. De la même façon, les enjeux du débat et du choix doivent être explicités plus simplement. Enfin d’une façon générale, cela suppose également d’accepter les confrontations, les frictions et les échanges musclés.

Par ailleurs, développons les ateliers, les espaces de co-construction pour permettre à chacun de trouver sa place et contrecarrer ainsi les phénomènes d’autocensure. Chaque citoyen doit fondamentalement se sentir accueilli et invité à s’exprimer.

Pour cela, nous devons favoriser l’utilisation des nouveaux outils, développer de nouvelles formes de participation.

Le politique doit changer la perception qu’il a de son rôle et donc l’image qu’il renvoie. Il doit de plus en plus être un organisateur du débat démocratique, celui qui permet de faire émerger les solutions plus que celui qui détient le savoir, le pouvoir de faire.

Désacraliser les outils et accepter, pour les politiques, de perdre une partie de leur pouvoir sont des préalables indispensables pour redonner du souffle à notre démocratie.

Des nouvelles formes de consultations citoyennes

Mais nous pouvons aller plus loin en inventant de nouvelles formes de consultations citoyennes, toujours dans cet esprit de liberté et de facilité.

Ces dernières années, les budgets participatifs se sont développés. C’est une bonne nouvelle. Encourageons les mais ayons aussi le courage d’en augmenter les montants concernés. C’est un changement important car la logique n’est plus la même. Jusqu’alors les outils visaient surtout à consulter et à concerter. Avec ces budgets participatifs, c’est le début d’une codécision.
Dans le même esprit, encourageons, développons les fonds de participation des habitants pour permettre de financer des projets ponctuels de faibles coûts qui contribuent au renforcement du lien social dans tous les quartiers.

En matière de renouvellement urbain, donnons le choix à nos concitoyens. Ca existe déjà, notamment dans les dispositifs politique de la ville, mais là aussi, beaucoup de nos concitoyens s’autocensurent. Pourquoi pas imaginer que les citoyens participent à l’élaboration des cahiers des charges architecturaux ? Après tout, ils en sont les futurs utilisateurs.
Pourquoi pas non plus systématiser pour toute opération de renouvellement urbain des maisons de projets ? Où chacun pourra venir s’exprimer, donner son avis, son point de vue et proposer des améliorations.

Il faut désacraliser ces consultations, bien faire comprendre que la légitimité de choisir le bien commun n’appartient pas à quelques uns.

Intégrons des représentants des usagers dans les comité de pilotage des grands projets et des grandes transformations urbaines.

Systématisons la création d’un observatoire des engagements qui permettrait aux citoyens de vérifier régulièrement si les élus tiennent leurs promesses de campagne. Après tout, c’est aussi cela la démocratie : être élu sur un projet, le mettre en œuvre et être jugé sur sa réalisation.

Je ne prétends pas à l’exhaustivité. Bien au contraire. Je fais confiance aux citoyens pour inventer les nouvelles formes de concertation . Et je veux aussi faire confiance aux politiques pour les encourager et les mettre en place.
On dit souvent que notre démocratie est à bout de souffle. Je n’y crois pas. En revanche, je crois à une crise du politique.

Il y a donc urgence à redonner confiance à nos concitoyens dans l’utilité de la politique et dans la capacité collective à changer nos sociétés. Pour cela, je crois que l’ échelon local est le bon échelon, celui où on peut expérimenter et inventer.

La démocratie est l’affaire de tous. Il n’y a pas les politiques d’un côté et les citoyens de l’autre. Plus que jamais, chacun doit s’emparer du pouvoir démocratique.

La démocratie c’est avant tout refaire du nous.

Publié le 27 avril 2017