Ma réaction après la démission de Nicolas Hulot


Plusieurs jours après la démission de Nicolas Hulot, c’est en tant qu’élu local que je voudrais à mon tour réagir.

Alors que de nombreux commentaires ont été publiés, à la hauteur du choc causé par cette décision, nous sommes nombreux à garder profondément ancré le sentiment qu’il s’agit d’un acte politique majeur, non seulement du quinquennat d’Emmanuel Macron mais de notre vie politique sur le temps long.

C’est une décision marquante pour ce qu’elle dit de notre rapport – à tous, le pays, les élus et la société dans son ensemble, à l’état de la transition écologique et énergétique.

C’est une décision qui m’a aussi personnellement profondément marqué et interpellé : quelle marge de manœuvre avons-nous au niveau local pour faire avancer concrètement et positivement les choses dans cet état d’urgence écologique dont 2018 semble encore accélérer la gravité ?

Faut-il encore une fois rappeler les rapports alarmistes sur l’état de la biodiversité, les records de chaleur battus dans de nombreux points de la planète, les ouragans catastrophiques en Asie, les incendies d’ampleur rarement atteinte comme en Californie ou même carrément inédits en Scandinavie ou en Arctique !

Même si nous avons la chance de vivre dans un territoire encore relativement préservé, les menaces qui pèsent sur notre biodiversité ou sur la qualité de l’eau et de l’air sont bien réelles.

Par ailleurs, si nous voulons que Clermont soit considérée au plan national comme la métropole d’équilibre du centre de la France, nous devons aussi prendre à bras le corps nos responsabilités locales s’agissant de la transition énergétique pour parvenir à notre objectif de devenir à horizon 2050 un territoire à énergie positive – ce qui signifie diviser par deux notre consommation énergétique et dans le même temps, multiplier par deux notre production d’énergies renouvelables.

J’ai souhaité que la nouvelle métropole Clermont Auvergne se dote rapidement d’un schéma de transition énergétique et écologique. C’est chose faite depuis le mois de juin.

C’est une feuille de route ambitieuse et concertée qui rassemble et coordonne pour la première fois nos ambitions en matière de logements plus économes en énergie, de déplacements urbains privilégiant transports en commun – avec notamment deux nouvelles lignes de bus en site propre –  et modes de circulation doux comme le vélo ou la marche à pied, de production d’énergie renouvelable, de recyclage des déchets ou encore de préservation des espaces naturels comme par exemple les côtes de Clermont.

A l’avenir, nous serons probablement confrontés à de plus en plus de situations d’urgence ou d’états critiques, fortes chaleurs, sécheresse, pics de pollution plus fréquents et plus graves, migrations climatiques…

Le devoir des élus locaux  de tout bord politique est de préparer le territoire au mieux pour affronter ces défis. Nous avons, je l’ai rappelé, des objectifs ambitieux à court, moyen et long termes.

Mais le message principal que je retiens de la démission de Nicolas Hulot, de son émotion et de son désarroi, c’est que ce sera l’affaire de toute la société qui doit véritablement mener sa révolution – dans les têtes et dans les actes – pour que nous prenions ensemble la véritable ampleur de l’urgence des défis à relever.

Il ne s’agit pas de faire peur, d’envisager des mesures drastiques que la population subirait sans être elle-même convaincue du bien-fondé.

A beaucoup d’égards, la crise écologique nous forcera à revenir aux fondamentaux d’une société démocratique si on ne veut pas qu’elle nous submerge totalement : transparence, choix politiques éclairés, intervention publique pour garantir l’intérêt général avec de réelles institutions composées de pouvoirs et de contre-pouvoirs.

Fonder nos analyses sur des faits, scientifiquement et contradictoirement établis, informer et débattre avec le plus grand nombre sur les conséquences à court, moyen et long termes pour faire accepter les contraintes quand elles sont nécessaires, faire en sorte que ces contraintes soient socialement  acceptables et donc supportées équitablement ; on voit déjà là que nous sommes confrontés à une exigence de progrès civilisationnel pour refonder nos principes démocratiques et éviter sur ce sujet comme sur bien d’autres les égoïsmes, l’obscurantisme, le populisme, la confrontation et in fine la guerre.

Mais il y a plus évidemment. Nous ne changerons rien si nous ne réorientons pas drastiquement nos investissements tant publics que privés vers un modèle de développement radicalement nouveau. Là encore je serai fidèle à mes convictions et à mes engagements de toujours : si l’investissement privé est évidemment nécessaire pour diffuser à grande échelle les innovations positives, j’ai toujours pensé néanmoins que la somme des investissements et des intérêts privés n’a jamais abouti à l’intérêt général. C’est donc d’abord grâce à de l’investissement public, en recherche comme dans toutes les grandes politiques publiques concernées, que nous réorienterons nos modes de vie et que nous pourrons leur donner un sens collectif.

Je ne sais pas s’il faut parler de décroissance tant les investissements à réaliser pour réorienter la production industrielle et agricole, la politique du logement, du transport, la production et l’économie d’énergie sont massifs.

Sobriété et dans une certaine mesure décroissance à l’encontre de nos habitudes de consommation héritées du monde post-2ème guerre mondiale, très certainement, mais nous pouvons compter sur de nouvelles activités, de nouvelles compétences et de nouveaux modes de vie et manières d’être qui ne sont pas a priori synonymes de régression ou de récession économique ou sociale.

En tant que Maire de Clermont-Ferrand et président de Clermont métropole, mon engagement pour mettre en œuvre les ambitions que nous avons affichées et pour faire vivre le débat nécessaire aux prises de conscience individuelles et collectives est total.

Publié le 4 septembre 2018